22 juin 2026 – Journée mondiale du don d’organes
Le don d’organes et de tissus est le geste le plus altruiste qu’il soit sans autre contrepartie que de sauver des vies.
Par ces temps de canicule, alors que tous cherchent un coin de fraicheur, que beaucoup ferment leurs volets et restent cloîtrés en attendant des jours meilleurs, loin de tout et des autres, il en est certains qui rappellent, en cette journée mondiale du don d’organes, que trop encore attendent en vain, puis meurent par absence de don.

Le lundi 22 juin 2026, le cinéma L’Atalante à Bayonne a programmé le film L’illusion de Yakushima de Naomi Kawase, et invité l’équipe de coordination des dons d’organes et de tissus de l’hôpital de Bayonne.
Corry, jouée par l’actrice Vicky Krieps, française coordinatrice de transplantation cardiaque pédiatrique est détachée dans un hôpital de Kobé au Japon. Elle y accompagne les jeunes patients en attente de dons et leurs familles. Elle se confronte à une culture du “ne pas importuné” et dans laquelle seul l’arrêt des battements du coeur, et non l’arrêt des fonctions cérébrales, est signe de mort. Et pas conséquent, l’attente y est très longue, se compte en année, et l’issue est souvent dévastatrice.

À l’issue de la projection, l’équipe de coordination des dons d’organes et de tissus de l’hôpital de Bayonne a présenté la situation en France, la loi, les contraintes et obstacles, le processus et l’après tant pour les receveurs que les familles des donneurs.
En France, ce sont les lois de bioéthique qui régissent le don d’organes et de tissus. Elles reposent sur trois principes fondamentaux : le consentement présumé, la gratuité du don et l’anonymat entre le donneur et le receveur.
Le consentement présumé suppose que nous sommes tous donneurs à moins de s’être enregistré, en ligne ou par écrit, sur le Registre national des refus ou d’y avoir expressément fait opposition auprès de proches (qui devront attester de l’échange à ce sujet et signer leur déclaration) ou par écrit daté et signé (par exemple simple lettre ou testament). On estime qu’au niveau national le taux de refus est de 38%.
Un enfant peut dès l’âge de 13 ans exprimé son consentement ou son refus. Dans le cas de patients mineurs ou de majeurs sous tutelle, ce sont les parents ou proches qui prennent la décision.
Si des sondages révèlent que la majorité (85%) des français sont favorables au don d’organes, encore trop peu en parlent ouvertement. Ceci à pour conséquences de plonger les proches dans un dilemme moral alors qu’ils font face à l’inconcevable, et les équipes médicales dans une course contre la montre car le temps est compté avant que les organes ne soient endommagés. On estime qu’un donneur potentiel sur trois ne fait pas l’objet de prélèvement faute d’information claire sur ses intentions lors de son vivant. On dénombre en moyenne 16000 patients en attente d’un don d’organes ou de tissus en France, dont seulement la moitié auront la chance de bénéficier de cette seconde chance faute de donneurs.
Le prélèvements d’organes ou tissus peu se faire du vivant du donneur, tels qu’un rein ou une partie du foie, ou encore de moelle osseuse, sans impacter négativement sa santé.
Le prélèvement d’organes ou tissus lors de la mort cérébrale du donneur, souvent victime d’accidents vasculaires cérébraux ou de traumatismes crâniens, est extrêmement légiféré et n’est possible qu’après une série d’examens approfondis pour attester de la mort cérébrale du patient.
“À l’hôpital de Bayonne, nous ne faisons pas de greffe, mais nous avons des donneurs en réanimation qui sont à mort encéphalique, pour lesquels on fait des examens pour voir s’ils peuvent donner leurs organes et pour lesquels on consulte les familles pour voir s’il y a opposition à un prélèvement.”
“En France, on a besoin que toutes ces personnes en état de mort encéphalique, puisque cela arrive quand même assez rarement dans les hôpitaux. 1% des décès dans les hôpitaux se passe sous cette forme là et si toutes ces personnes pouvaient avoir ouvertement donné leur consentement, cela éviterait des refus qui sont sûrement liés aux conditions du deuil.” , explique le Dr Larrieu-Narzabal.
Les familles ne sont pas mises au pied du mur. Si le temps est compté, il reste important de s’assurer que la décision soit prise en tenant compte de l’état émotionnel dans lequel celles-ci se trouvent. La présence de médecins, d’un psychologue et d’une équipe d’infirmières de coordination a pour objet de permettre à la famille de comprendre que leur proche, qui semble encore là avec son cœur qui bat et dont la respiration est visible, est bien décédé.
“Les familles sont sidérées. Et pourtant, il y a aussi la temporalité du prélèvement, le sablier qui commence parce que cela ne peut pas non plus durer indéfiniment. Nous savons qu’il va falloir annoncer cette possibilité de donner les organes. On a le sentiment que cela va vite, très vite. Et à la fois, le temps, est tellement distordu que les secondes paraissent des minutes ou des heures. Les infirmières de coordination, Sandra, Muriel et Valérie, vous diront que c’est une vraie relation de confiance avec la famille, l’accompagner jusqu’à faire part de cette possibilité-de don, et puis l’accompagner aussi dans sa décision. Il ne s’agit nullement d’influer la décision, mais de permettre à la famille de saisir le sens de acceptation ou du refus du don.”
Il y a aussi l’après du don. L’anonymat est de rigueur. La famille du donneur ne peut connaître le receveur, et réciproquement. Toutefois, l’équipe médicale en charge du prélèvement pourra dire à la famille du donneur si le ou les dons ont été effectués et ont réussi (car le rejet n’est jamais impossible), et si le receveur a pu reprendre le cours de sa vie. Et restera à disposition dans le futur pour continuer d’accompagner les familles.
“Nous proposons systématiquement aux familles d’avoir des nouvelles des receveurs un mois à peu près après le don d’organes. Beaucoup acceptent, certains refusent, mais on propose, on n’impose rien du tout. Et ensuite, on leur dit que s’ils veulent avoir des nouvelles ou s’ils veulent reparler de ça avec nous, ils peuvent le faire à tout moment.”
“Nous entendons souvent les familles dirent que finalement, ça va aussi donner du sens, ça va permettre de perpétrer le caractère de la personne, sa générosité, le don à l’autre, son altruisme. Et finalement, ça met un petit peu de sens là où il n’y en a pas.”, ajoute une infirmière du groupe de coordination.
Témoignage de Jonathan, transplanté cardiaque : Je suis Jonathan. Je suis transplanté cardiaque depuis maintenant 24 ans, grâce à une maman ou un papa qui a su dire oui. En faisant un don on ne sauve pas qu’une personne. Quand on prend cette décision, on en sauve beaucoup : les poumons, les reins, la rétine, le cœur. Il y a beaucoup de bénéfices derrière tout ça. Sur le moment, c’est très difficile. C’est aussi culturel chez nous, je pense aussi, parce qu’on n’a pas envie d’abîmer notre corps, même quand on est mort. Mais qu’est-ce qu’on en fait? Soit on est bouffé par des vers sous terre, soit on est jeté au feu. Alors que peut-être on peut se dire qu’on peut peut-être laisser des trucs pour d’autres personnes. Moi, je suis bien placé parce que j’en profite pleinement. Et donc l’après, moi, je viens en tant qu’après toute cette histoire qui est très bien aussi traduite dans le film avec cette souffrance, l’attente, le questionnement, la vie, la mort. C’est très profond, ça donne une leçon de vie très rapide, à la fois pour les parents qui perdent un enfant, les amis, la famille. Mais aussi quand on reçoit, ça va aussi très vite, parce qu’on n’a pas toujours le temps de se rendre compte de ce que cela représente ensuite, justement, la famille qui a donné, la personne qui nous permet de vivre.Juste mon témoignage sur l’après, ça permet de vivre, d’avoir des projets, de rencontrer l’amour. Moi, j’ai été greffé à l’age de 19 ans, donc j’avais encore toute une vie devant moi à faire. J’ai eu des groupes de musique, j’ai fait des concerts, j’ai eu une petite fille, rencontré une femme fantastique. J’ai fait plusieurs métiers, j’ai essayé d’aider les autres. Cela aurait pu s’arrêter très jeune. Ce n’est pas le cas. Je suis toujours là. 24 Ans, c’est énorme. Je ne sais pas si c’est une fille ou un garçon qui m’a donné son cœur. J’espère que c’est une femme… par rapport à tout ce qui se passe. Si je peux être mélangé, c’est top ! Et puis, il y a le quotidien. Au début, ce n’est pas évident. Il y a quand même des examens très réguliers, des médicaments à vie qui s’appellent les immunosuppresseurs pour qu’on puisse conserver l’organe pour pas que notre corps le rejette mais bon, cela n’empêche pas de vivre pleinement. Voilà, je remercie l’équipe qui fait un bon travail à Bayonne. C’est une chaîne qui est énorme. On peut penser aux chirurgiens, penser aux transporteurs. Vraiment, c’est là où l’humanité a quelque chose de beau. Et si on pouvait conserver ça et en parler autour de nous, ce serait fantastique.”
