Don d’organes – quand une mort peut sauver jusqu’à sept vies

22 juin 2026 – Journée mondiale du don d’organes

Le don d’organes et de tissus est le geste le plus altruiste qu’il soit sans autre contrepartie que de sauver des vies.

Par ces temps de canicule, alors que tous cherchent un coin de fraicheur, que beaucoup ferment leurs volets et restent cloîtrés en attendant des jours meilleurs, loin de tout et des autres, il en est certains qui rappellent, en cette journée mondiale du don d’organes, que trop encore attendent en vain, puis meurent par absence de don.

Le film L'illusion de Yakushima de Naomi Kawase projeté au cinéma L'Atalante à Bayonne dans le cadre de la journée mondiale du don d'organes.
Le film L’illusion de Yakushima de Naomi Kawase projeté au cinéma L’Atalante à Bayonne dans le cadre de la journée mondiale du don d’organes. ©CecileFaurePhotographie

Le lundi 22 juin 2026, le cinéma L’Atalante à Bayonne a programmé le film L’illusion de Yakushima de Naomi Kawase, et invité l’équipe de coordination des dons d’organes et de tissus de l’hôpital de Bayonne.

Corry, jouée par l’actrice Vicky Krieps, française coordinatrice de transplantation cardiaque pédiatrique est détachée dans un hôpital de Kobé au Japon. Elle y accompagne les jeunes patients en attente de dons et leurs familles. Elle se confronte à une culture du “ne pas importuné” et dans laquelle seul l’arrêt des battements du coeur, et non l’arrêt des fonctions cérébrales, est signe de mort. Et pas conséquent, l’attente y est très longue, se compte en année, et l’issue est souvent dévastatrice.

de gauche à droite : Sylvie Larroque, directrice de la programmation du cinéma l'Atlante à Bayonne et Dr Julie Larrieu-Narzabal, Responsable de structure SAU-UHCD (Bayonne) Coordination Hospitalière Prélèvements d'Organes et de Tissus. Présentation de la situation en France, de la loi, des contraintes et des obstacles, du processus et de l'après tant pour les receveurs que les familles des donneurs.
de gauche à droite : Sylvie Larroque, directrice de la programmation du cinéma l’Atalante à Bayonne et Dr Julie Larrieu-Narzabal, Responsable de structure SAU-UHCD (Bayonne) Coordination Hospitalière Prélèvements d’Organes et de Tissus. ©CecileFaurePhotographie

À l’issue de la projection, l’équipe de coordination des dons d’organes et de tissus de l’hôpital de Bayonne a présenté la situation en France, la loi, les contraintes et obstacles, le processus et l’après tant pour les receveurs que les familles des donneurs.

En France, ce sont les lois de bioéthique qui régissent le don d’organes et de tissus. Elles reposent sur trois principes fondamentaux : le consentement présumé, la gratuité du don et l’anonymat entre le donneur et le receveur.

Le consentement présumé suppose que nous sommes tous donneurs à moins de s’être enregistré, en ligne ou par écrit, sur le Registre national des refus ou d’y avoir expressément fait opposition auprès de proches (qui devront attester de l’échange à ce sujet et signer leur déclaration) ou par écrit daté et signé (par exemple simple lettre ou testament). On estime qu’au niveau national le taux de refus est de 38%.

Un enfant peut dès l’âge de 13 ans exprimé son consentement ou son refus. Dans le cas de patients mineurs ou de majeurs sous tutelle, ce sont les parents ou proches qui prennent la décision.

Si des sondages révèlent que la majorité (85%) des français sont favorables au don d’organes, encore trop peu en parlent ouvertement. Ceci à pour conséquences de plonger les proches dans un dilemme moral alors qu’ils font face à l’inconcevable, et les équipes médicales dans une course contre la montre car le temps est compté avant que les organes ne soient endommagés. On estime qu’un donneur potentiel sur trois ne fait pas l’objet de prélèvement faute d’information claire sur ses intentions lors de son vivant. On dénombre en moyenne 16000 patients en attente d’un don d’organes ou de tissus en France, dont seulement la moitié auront la chance de bénéficier de cette seconde chance faute de donneurs.

Le prélèvements d’organes ou tissus peu se faire du vivant du donneur, tels qu’un rein ou une partie du foie, ou encore de moelle osseuse, sans impacter négativement sa santé.

Le prélèvement d’organes ou tissus lors de la mort cérébrale du donneur, souvent victime d’accidents vasculaires cérébraux ou de traumatismes crâniens, est extrêmement légiféré et n’est possible qu’après une série d’examens approfondis pour attester de la mort cérébrale du patient.

“À l’hôpital de Bayonne, nous ne faisons pas de greffe, mais nous avons des donneurs en réanimation qui sont à mort encéphalique, pour lesquels on fait des examens pour voir s’ils peuvent donner leurs organes et pour lesquels on consulte les familles pour voir s’il y a opposition à un prélèvement.”

En France, on a besoin que toutes ces personnes en état de mort encéphalique, puisque cela arrive quand même assez rarement dans les hôpitaux. 1% des décès dans les hôpitaux se passe sous cette forme là et si toutes ces personnes pouvaient avoir ouvertement donné leur consentement, cela éviterait des refus qui sont sûrement liés aux conditions du deuil.” , explique le Dr Larrieu-Narzabal.

Les familles ne sont pas mises au pied du mur. Si le temps est compté, il reste important de s’assurer que la décision soit prise en tenant compte de l’état émotionnel dans lequel celles-ci se trouvent. La présence de médecins, d’un psychologue et d’une équipe d’infirmières de coordination a pour objet de permettre à la famille de comprendre que leur proche, qui semble encore là avec son cœur qui bat et dont la respiration est visible, est bien décédé.

“Les familles sont sidérées. Et pourtant, il y a aussi la temporalité du prélèvement, le sablier qui commence parce que cela ne peut pas non plus durer indéfiniment. Nous savons qu’il va falloir annoncer cette possibilité de donner les organes. On a le sentiment que cela va vite, très vite. Et à la fois, le temps, est tellement distordu que les secondes paraissent des minutes ou des heures. Les infirmières de coordination, Sandra, Muriel et Valérie, vous diront que c’est une vraie relation de confiance avec la famille, l’accompagner jusqu’à faire part de cette possibilité-de don, et puis l’accompagner aussi dans sa décision. Il ne s’agit nullement d’influer la décision, mais de permettre à la famille de saisir le sens de acceptation ou du refus du don.”

Il y a aussi l’après du don. L’anonymat est de rigueur. La famille du donneur ne peut connaître le receveur, et réciproquement. Toutefois, l’équipe médicale en charge du prélèvement pourra dire à la famille du donneur si le ou les dons ont été effectués et ont réussi (car le rejet n’est jamais impossible), et si le receveur a pu reprendre le cours de sa vie. Et restera à disposition dans le futur pour continuer d’accompagner les familles.

“Nous proposons systématiquement aux familles d’avoir des nouvelles des receveurs un mois à peu près après le don d’organes. Beaucoup acceptent, certains refusent, mais on propose, on n’impose rien du tout. Et ensuite, on leur dit que s’ils veulent avoir des nouvelles ou s’ils veulent reparler de ça avec nous, ils peuvent le faire à tout moment.”

“Nous entendons souvent les familles dirent que finalement, ça va aussi donner du sens, ça va permettre de perpétrer le caractère de la personne, sa générosité, le don à l’autre, son altruisme. Et finalement, ça met un petit peu de sens là où il n’y en a pas.”, ajoute une infirmière du groupe de coordination.